
Tout l'archipel
Le temps des djinns
Bien avant les hommes, disent les anciens, les îles appartenaient aux djinns. Comment le roi Souleymane les y aurait exilés, et ce qu'il advint quand les humains arrivèrent.

Contes et récits des Comores
« Hale ! », lance le conteur. « Halele ! », répond l'auditoire. Mythes des origines, légendes de lieux, contes du soir et récits d'aujourd'hui : entrez dans la parole des îles de la Lune.
« Hale ! » « Halele ! »
Aux Comores, la parole se partage le soir, quand le travail est fini. À Mayotte, tous les contes commencent par le même échange : le conteur lance « Hale ! », l'auditoire répond « Halele ! », et l'histoire peut commencer. En Grande Comore, certains conteurs, comme le regretté Salim Hatubou, ouvrent la veillée par « Allahalele ! » et invitent le public à répondre « Gombe ! » tout au long du récit.
Ce dialogue n'est pas un simple rituel : il fait de l'auditoire un acteur du conte. On encourage le conteur, on rit, on s'indigne, on reprend les chants. Ici, nous avons réuni les grands récits de l'archipel, réécrits avec nos mots et accompagnés de ce que l'on sait de leur origine.
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La littérature orale comorienne est immense : berceuses, chants épiques, poèmes, chants de résistance, proverbes, devinettes, mythes, légendes et contes. En shingazidja, le mot hale désigne le conte lui-même, l'histoire que l'on sait inventée, tandis que hadithi (ou hadisi) désigne plutôt un récit tenu pour vrai, qui raconte le passé d'une famille, d'un village ou d'un lieu.
Les proverbes ponctuent les discours des notables, et les devinettes, échangées comme un jeu, aiguisent l'esprit des enfants avant la veillée.
Les contes se disent traditionnellement le soir, en famille ou entre voisins, souvent par une grand-mère ou un conteur réputé. Dans bien des foyers, on entend dire qu'il ne faut pas raconter de contes en plein jour. Le conteur joue tous les personnages, chante les refrains et laisse l'auditoire deviner la suite.
Un même conte n'est jamais raconté deux fois de la même façon : chaque conteur l'adapte à son public, à son village, à son humeur. C'est pourquoi la plupart des récits existent en plusieurs versions, que nous signalons quand nous les connaissons.
Les djinns, êtres invisibles mentionnés dans le Coran, sont partout dans ces récits. Ils habitent des cratères, des lacs, des grottes, des arbres ou des places. Ces lieux, appelés ziara, font encore l'objet de visites et d'offrandes, accompagnées par un fundi qui sait parler aux esprits, même si l'islam officiel désapprouve souvent ces pratiques.
Beaucoup de légendes expliquent ainsi un paysage : la couleur d'un lac, la forme d'un cratère, un banc de sable au milieu du lagon.
Des chercheurs, des écrivains et des institutions ont recueilli, transcrit et traduit des centaines de récits : Marie-Françoise Rombi et Mohamed Ahmed-Chamanga (Contes comoriens, 1980), Mohamed Ahmed-Chamanga pour Anjouan (Rois, femmes et djinns, 1988), Ahmed Ali Mroimana et Mohamed Ahmed-Chamanga pour la Grande Comore (1999), Noël J. Gueunier et le conteur Madjidhoubi Saïd pour Mayotte (136 contes recueillis entre 1975 et 1983), Salim Hatubou, Saïd Abdallah, Moussa Saïd Ahmed, Nassur Attoumani…
À Mayotte, les Archives départementales enregistrent les conteurs des villages et publient les Contes inédits de Mayotte ; des collégiens de Dzoumogné ont fait de même (Rissitoa hale, 1999). Des enregistrements de 1978 sont consultables en ligne dans la collection Pangloss du CNRS, et le podcast Halé Halélé, lancé en 2022, fait revivre chaque mois l'histoire et les légendes de l'île. Retrouvez toutes les références dans la bibliographie.
Les récits de cette rubrique ne sont pas des traductions : ce sont des réécritures en français, à partir des versions publiées et racontées. Chacun est suivi d'un encadré « Ce que l'on en sait » qui distingue la légende de l'histoire, et de références pour aller plus loin.
Vous connaissez une autre version, un autre conte de votre village ? Écrivez-nous : la parole des îles est faite pour circuler.