Hale halele · Légende de lieu

Le Trimba, l'homme aux feuilles de bananier

Sur le plateau du Nyumakele, les djinns enlevaient autrefois les hommes. Depuis la paix conclue avec eux, un personnage vêtu de feuilles de bananier mène chaque année leur procession.

Voir la photo en grand : Vue d'ensemble de Mutsamudu, chef-lieu d'Anjouan

« Hale ! » « Halele ! »

Autrefois, sur le haut plateau du Nyumakele, au sud-est de Ndzuwani, les hommes vivaient dans la peur. Les djinns, premiers maîtres de ces terres, enlevaient des hommes et des femmes pour les dévorer. Personne n'osait plus aller seul aux champs.

Un jour pourtant, les djinns firent savoir qu'ils étaient prêts à vivre en paix avec les humains. Un homme du pays, que la tradition appelle Waziri, alla négocier avec eux. Il obtint un pacte : les djinns cesseraient leurs enlèvements, et les hommes leur offriraient chaque année un sacrifice, en suivant un long chemin choisi par les esprits eux-mêmes.

Depuis, à la saison des pois d'Angole, une étrange silhouette sort du village : le Trimba. Il est couvert de la tête aux pieds de feuilles de bananier, porte des cornes et une queue, et nul ne doit savoir quel homme se cache dessous, sauf les chefs du rite. Pendant trois jours, il conduit la procession de lieu sacré en lieu sacré, au son des tambours et des chants. Les danseurs entrent en transe, les esprits parlent par leur bouche.

Au bout du chemin, la procession atteint la mer, et l'on jette les offrandes aux djinns dans les vagues. Alors seulement on peut semer : la terre, dit-on, sera fertile, et la paix gardée pour un an de plus.

Ce que l'on en sait

Le Ntrimba (ou trimba) est un rite de fertilité qui ouvre l'année agricole dans le Nyumakele : une procession communautaire qui visite les ziara, lieux sacrés de la région, avec chants, danses et rites de possession. Les récits divergent : pour les uns, il scelle le pacte avec les djinns ; pour d'autres, il commémore le voyage des premiers habitants échoués sur les rivages d'Anjouan, qui s'étaient réfugiés sur les hauteurs à l'arrivée des Chiraziens. Les sources le disent annuel ou célébré tous les deux ans.

Décrit par J.-C. Hébert en 1960, puis par le journal comorien Kashkazi en 2007 et par l'historien Abderemane Bourhane, il est désapprouvé par une partie des religieux, mais certains fidèles refusent de l'abandonner, de peur de provoquer la colère des « premiers habitants des Comores ». Le Nyumakele est aussi la région de la grande révolte de 1940.

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