Les quatre îles

Vie publique & institutions

Qui décide de quoi dans l'archipel ? Institutions de l'Union des Comores et de Mayotte, autorités religieuses et coutumières, sport et associations : ceux que l'on écoute vraiment.

Voir la photo en grand : Fête de l'indépendance à Moroni

L'archipel vit sous deux cadres : l'Union des Comores (Grande Comore, Anjouan, Mohéli), État indépendant depuis 1975, et Mayotte, département français depuis 2011, un statut que l'Union conteste. À côté des institutions officielles, des autorités sans statut légal — notables du grand mariage, cadis, fundi, confréries, associations villageoises — comptent souvent autant dans la vie quotidienne. Lire aussi : Mayotte : regards croisés.

Union des Comores

Grande Comore, Anjouan et Mohéli : les institutions communes, installées à Moroni.

Pouvoirs publics

Institution officielle

Le président de l'Union

Palais de Beit-Salam, Moroni

Élu au suffrage universel pour cinq ans, il est à la fois chef de l'État et chef du gouvernement. La révision constitutionnelle approuvée par référendum le 30 juillet 2018 (92,7 % de « oui ») a supprimé les trois vice-présidences, une par île, et aménagé la présidence tournante instaurée en 2001 : le président peut désormais exercer deux mandats consécutifs.

Institution officielle

L'Assemblée de l'Union

Moroni

Le Parlement des Comores compte une seule chambre. Ses députés sont élus dans des circonscriptions des trois îles ; la Constitution de 2018 prévoit aussi une représentation des Comoriens établis à l'étranger. Elle vote les lois et le budget de l'Union.

Institution officielle

La Banque centrale des Comores

Moroni

Elle émet le franc comorien, dont la parité avec l'euro est fixe (1 € = 491,96775 KMF) grâce à un accord de coopération monétaire avec la France. Une stabilité appréciable pour les voyageurs comme pour les familles qui reçoivent de l'argent de la diaspora.

Justice

Institution officielle

La Cour suprême

Moroni

Plus haute juridiction de l'Union. Depuis 2018, une section constitutionnelle et électorale y a repris les attributions de l'ancienne Cour constitutionnelle : elle proclame les résultats des élections et juge de la conformité des lois à la Constitution.

Autorités religieuses

Institution officielle

Le Grand Mufti et le Conseil des oulémas

Moroni

L'islam sunnite, de rite chaféite, est la religion de l'État. Nommé par le président, le Grand Mufti est la plus haute autorité religieuse : il conseille le gouvernement sur la pratique de l'islam. Avec le Conseil des oulémas, il publie notamment chaque année les consignes du mois de ramadan.

Savoir, culture & médias

Institution officielle

L'Université des Comores

Mvouni, près de Moroni

Créée en 2003, elle a son siège à Mvouni et des centres universitaires à Patsy, à Anjouan (ouvert en 2009), et à Mohéli (Fomboni et Wanani). Beaucoup d'étudiants comoriens poursuivent aussi leurs études à l'étranger.

Le Musée national des Comores (CNDRS), à Moroni

Institution officielle

Le CNDRS

Moroni

Le Centre national de documentation et de recherche scientifique, créé en 1979, réunit le Musée national, les Archives et la Bibliothèque nationales, l'observatoire volcanologique du Karthala et des laboratoires de recherche (traditions orales, archéologie, civilisation arabo-musulmane). C'est la mémoire savante du pays.

Institution officielle

Al-Watwan et l'ORTC

Moroni

Fondé en 1985, Al-Watwan est le journal de l'État ; l'Office de radio et télévision des Comores (ORTC) diffuse en comorien, en français et en arabe. Journaux, radios privées et médias en ligne, souvent animés depuis la diaspora, complètent le paysage.

Sport

La tribune ouest du stade omnisports de Malouzini

Institution officielle

La Fédération de football et les Cœlacanthes

Stade omnisports de Malouzini, près d'Iconi

L'équipe nationale, surnommée les Cœlacanthes, a créé l'exploit à la CAN 2021 au Cameroun : victoire 3-2 contre le Ghana et qualification pour les huitièmes de finale, perdus 2-1 face au pays hôte avec un joueur de champ dans les buts. Elle s'est ensuite qualifiée invaincue pour la CAN 2025 au Maroc. Chaque île a son championnat ; les meilleurs clubs se retrouvent en phase finale nationale. Les matchs internationaux se jouent au stade de Malouzini (environ 10 700 places), ouvert en 2019.

Associations & société civile

Association

Associations villageoises et diaspora

Dans chaque village, et en France

Chaque village ou presque a son association, aux Comores et en France, où vivent de nombreux Comoriens, notamment à Marseille et en région parisienne. Elles financent écoles, mosquées, adductions d'eau, routes et dispensaires, et pèsent dans les décisions du village. Les associations sportives et culturelles de village animent aussi tournois et fêtes.

Dans tout l'archipel

Autorités religieuses

Autorité coutumière ou religieuse

Les confréries soufies

Zawiyas des villes et des villages

Implantées surtout aux XIXe et XXe siècles — Shadhiliyya, la plus répandue, marquée par la figure de Cheikh Saïd Mohamed al-Maarouf, Qadiriyya, Rifa'iyya, puis d'autres —, les confréries rythment la vie religieuse : dhikr, maoulida, réunions dans les zawiyas, souvent bâties autour du tombeau d'un maître. Leurs cheikhs sont écoutés bien au-delà du cercle des adeptes.

Autorité coutumière ou religieuse

Fundi, imams et écoles coraniques

Dans chaque village

Le fundi enseigne le Coran aux enfants dès le plus jeune âge, avant ou à côté de l'école publique. Imams et lettrés, consultés pour les mariages, les successions et les différends, sont des figures très respectées des quatre îles.

Grande Comore Union des Comores

La page de Grande Comore

Pouvoirs publics

Institution officielle

Le gouvernorat de Ngazidja

Moroni

Chaque île de l'Union est dirigée par un gouverneur élu, chargé des affaires propres à l'île en lien avec le gouvernement de l'Union. Les conseils des îles ont été supprimés par la révision constitutionnelle de 2018.

Institution officielle

Les 28 communes et la mairie de Moroni

Moroni et chefs-lieux de commune

Prévues depuis l'indépendance, les communes n'ont élu leurs premiers conseils municipaux que le 22 février 2015. La Grande Comore en compte 28 ; les maires ont été élus par les conseillers, avec le concours des chefs de quartier et de village.

Coutume & notabilité

Parure de bijoux en or offerte lors d'un grand mariage comorien

Autorité coutumière ou religieuse

Le bangwe et les wandruwadzima

Place publique de chaque cité

Chaque cité a sa place publique, le bangwe, lieu du pouvoir coutumier. Les décisions y reviennent aux wandruwadzima, les « hommes accomplis » qui ont célébré le grand mariage (anda) : ils forment le conseil des notables, choisissent les imams et arbitrent la vie de la cité. Leur autorité n'est inscrite dans aucune loi, mais elle reste très respectée.

Autorité coutumière ou religieuse

Les classes d'âge (hirimu)

Dans chaque cité

Les hommes sont rangés par générations : plusieurs classes d'âge chez les jeunes (wanamdji), puis chez les hommes accomplis. Elles organisent les travaux collectifs, les fêtes et l'entretien de la cité, et chacune tient à son rang.

Sport

Le stade de Moroni

Association

Les clubs de Ngazidja

Toute l'île

Coin Nord de Mitsamiouli (fondé en 1960, club le plus titré du pays avec sept championnats), Volcan Club de Moroni, Élan Club de Mitsoudjé, Ngaya Club de Mdé ou Djabal Club d'Iconi : chaque ville soutient son équipe avec ferveur.

Mohéli Union des Comores

La page de Mohéli

Pouvoirs publics

Institution officielle

Le gouvernorat de Mwali

Fomboni

La plus petite île de l'Union est dirigée par un gouverneur élu, installé à Fomboni. Elle compte six communes.

Coutume & notabilité

Autorité coutumière ou religieuse

Moitiés de l'île et maisons matrilinéaires

Toute l'île

La société mohélienne se partage entre deux moitiés, mdjaume et mdjawashe, et des « maisons » (madzuwe) matrilinéaires, qui se mesurent lors des échanges cérémoniels : repas, dons, grands mariages. Les notables qui en ont accompli les étapes sont très écoutés. Lire : Les sentinelles du Djando.

Environnement

La mangrove de Nioumachoua, nurserie de la vie marine

Institution officielle

Le parc national de Mohéli

Nioumachoua

Créé le 19 avril 2001, premier espace protégé des Comores, le parc a été négocié avec les villages : dix réserves marines y sont gérées avec les communautés. Étendu en 2015 aux trois quarts des terres de l'île, il a valu à Mohéli d'être reconnue réserve de biosphère par l'UNESCO en 2020.

Tortue verte en pleine eau (photo d'illustration)

Association

L'ADSEI d'Itsamia

Itsamia

Fondée en 1991 par les villageois, l'Association pour le développement socio-économique d'Itsamia protège les plages de ponte des tortues, forme des guides et gère des bungalows : un modèle d'écotourisme communautaire.

Sport

Association

Fomboni Club

Fomboni

Plusieurs fois champion des Comores, Fomboni Club porte les couleurs de Mwali dans la phase finale nationale, face aux clubs des deux grandes îles.

Anjouan Union des Comores

La page de Anjouan

Pouvoirs publics

Institution officielle

Le gouvernorat de Ndzuwani

Mutsamudu

L'île la plus densément peuplée de l'archipel est dirigée par un gouverneur élu, installé à Mutsamudu. Elle compte 20 communes, dotées de conseils municipaux élus depuis 2015.

Autorités religieuses

Autorité coutumière ou religieuse

Rifa'iyya et Qadiriyya

Mutsamudu, Domoni

Deux confréries ont des racines anjouanaises : la Rifa'iyya, introduite au XIXe siècle par Salim ibn Ahmed al-Himidi, de Mutsamudu, et la Qadiriyya, portée notamment par Muhammad ibn Ahmed, originaire de Domoni. Leurs cérémonies rassemblent toujours de nombreux fidèles.

Coutume & notabilité

Autorité coutumière ou religieuse

Notables et grandes familles

Médinas et villages

Le grand mariage existe aussi à Anjouan, mais il y structure moins rigidement la société qu'en Grande Comore. Dans les médinas de Mutsamudu et de Domoni, de vieilles familles lettrées et marchandes ont longtemps formé l'élite urbaine ; dans les villages, les anciens gardent un rôle d'arbitres respecté.

Autorité coutumière ou religieuse

Les gardiens des fêtes agraires

Ouani, Nyumakele

Nkoma à Ouani, trimba dans le Nyumakele : ces fêtes héritées d'avant l'islam sont organisées par les familles fondatrices et les anciens, qui en gardent les règles et les secrets. Lire : Le pacte de Basra et Le Trimba.

Sport

Association

Les clubs d'Anjouan

Domoni, Sima…

Chirazienne de Domoni (fondée en 1950), Komorozine de Domoni, Steal Nouvel de Sima : Domoni et Sima sont des places fortes du football anjouanais.

Autorité coutumière ou religieuse

Le mrengué

Villages, surtout pendant le ramadan

Boxe traditionnelle pratiquée au son des tambours, le mrengué anime les soirées, surtout pendant le ramadan. Plusieurs préfectures l'ont interdit pour éviter les débordements.

Mayotte Département français

La page de Mayotte

Pouvoirs publics

Institution officielle

La préfecture de Mayotte

Mamoudzou

Le préfet représente l'État : sécurité, immigration, services de l'État. Française depuis 1841, Mayotte est devenue un département le 31 mars 2011 ; elle élit deux députés et deux sénateurs au Parlement.

Le conseil départemental de Mayotte, à Mamoudzou

Institution officielle

Le conseil départemental

Mamoudzou

Mayotte est une collectivité unique, qui exerce les compétences d'un département et d'une région. Depuis 2015, 26 conseillers y siègent, élus en binômes dans 13 cantons. La loi de programmation pour la refondation de Mayotte du 11 août 2025 prévoit sa transformation en « Département-Région de Mayotte », doté d'une assemblée de 52 élus.

La mairie de Mamoudzou

Institution officielle

Les 17 communes

De Mamoudzou à Mtsamboro

Mamoudzou, la plus peuplée, Dzaoudzi-Labattoir et Pamandzi en Petite-Terre, Koungou, Bandrélé, Sada… Les communes, regroupées en intercommunalités, gèrent écoles, voirie et services de proximité.

Justice

Institution officielle

Le tribunal judiciaire de Mamoudzou

Mamoudzou

La justice est rendue au nom du peuple français par le tribunal judiciaire de Mamoudzou ; les appels sont jugés par une chambre d'appel rattachée à la cour d'appel de Saint-Denis de La Réunion.

Autorités religieuses

Autorité coutumière ou religieuse

Les cadis

Un par commune, Grand cadi à Mamoudzou

Juges musulmans pendant des siècles, les cadis ont perdu leurs compétences judiciaires et notariales en 2010 (ordonnance du 3 juin 2010). Toujours rémunérés par le Département, ils sont une vingtaine — un par commune et un Grand cadi à Mamoudzou — et jouent un rôle de médiateurs, sollicités pour apaiser les conflits familiaux et de voisinage.

Coutume & notabilité

La chambre nuptiale du manzaraka, le grand mariage mahorais (musée de Mayotte)

Autorité coutumière ou religieuse

Manzaraka et shungu

Dans chaque village

Le manzaraka, dernière étape du mariage traditionnel, réunit parfois des centaines d'invités qui apportent dons et argent ; le shungu est un repas offert par les mariés à leur classe d'âge et au village, selon une règle d'égalité stricte. Ces obligations tissent la solidarité — et la hiérarchie — des villages.

Environnement

Un dugong, hôte rare et protégé du parc naturel marin de Mayotte

Institution officielle

Le parc naturel marin de Mayotte

Mayotte

Créé le 18 janvier 2010, premier parc naturel marin d'outre-mer, il couvre 69 000 km² — le lagon, les eaux territoriales et toute la zone économique exclusive —, dont un lagon de 1 300 km² entouré d'une double barrière de corail, phénomène très rare.

Savoir, culture & médias

Institution officielle

L'université de Mayotte

Dembéni

L'ancien centre universitaire de formation et de recherche est devenu une université de plein exercice le 1er janvier 2024. Il accueille environ 2 000 étudiants.

Sport

Institution officielle

Ligue mahoraise de football et basket

Mamoudzou

Créée en 1979 et rattachée à la Fédération française de football, la Ligue mahoraise organise le championnat et la Coupe de Mayotte ; chaque saison, des clubs mahorais disputent la Coupe de France. Le basket est l'autre passion de l'île : le Basket Club de M'tsapéré (BCM) en est l'un des clubs phares.

Autorité coutumière ou religieuse

Mrengué et courses de pirogues

Villages et front de mer

Le mrengué, boxe traditionnelle au son des tambours, anime les soirées du ramadan ; certaines communes l'ont interdit à cause des débordements. Les courses de pirogues (laka) mobilisent des centaines de rameurs.

Associations & société civile

Association

Associations de femmes et shikowa

Dans chaque village

Les mères de famille se regroupent en associations qui mobilisent aide et argent lors des mariages ; les shikowa, tontines de femmes, financent projets familiaux et professionnels. Héritières des Chatouilleuses, figures du combat politique mahorais des années 1960 et 1970, les femmes tiennent une place centrale dans la vie publique.

Pour aller plus loin

Toute la bibliographie

KomoriLes îles de la Lune
Préparer mon voyage