« Hale ! » « Halele ! »
Dans les collines du Bambao la Mtsanga, les villages de Koni Ngani, de Koni Djodjo et de Mro-Maji partagent un même lieu sacré : une grotte que l'on appelle Hamampundru. Son nom veut dire « chez la mère muette » : c'est le ventre de la terre, d'où tout vient et qui ne dit rien.
Des esprits habitent ses profondeurs. Parmi eux, on nomme Kokolampo, un esprit que l'on connaît aussi dans le sud de Madagascar. On ne pénètre dans la grotte que pieds nus, pour ne pas éveiller la colère de ses habitants, et l'on y dépose du miel pour les nourrir.
Quand vient le temps du Wutamaduni, « nos us et coutumes », tout le village se met en route vers la grotte. On sacrifie un bœuf ou un cabri. Après une longue incantation, sur l'ordre de l'officiant, le porteur de lait en distribue aux enfants ; puis les fidèles descendent au fond de la grotte pour danser le mdandra, la danse des esprits, jusqu'à ce que ceux-ci se manifestent.
Plus haut, dans le village d'Ouzini, au fond de la vallée de l'Ajaho, on danse aussi le mdandra. Ainsi, les montagnes d'Anjouan gardent la mémoire d'un temps où l'on parlait directement aux esprits de la terre.
Ce que l'on en sait
Le mdandra (ou mudandra), « danse des esprits », fait partie des rites préislamiques d'Anjouan étudiés par l'historien comorien Abderemane Bourhane : il est pratiqué notamment à Ouzini et à Mro-Maji, dans une grotte sacrée. Ces rites témoignent de l'importance sociale des mwalimu, des séances de possession et du culte des esprits et des ancêtres.
La présence de l'esprit Kokolampo, connu chez les Tandroy du sud de Madagascar, rappelle les liens anciens entre Anjouan et la Grande Île. Ces lieux sacrés sont à respecter : ils ne se visitent pas comme des sites touristiques.
Pour aller plus loin
- Voix de l'archipel Abderemane Bourhane, Les rites pré-islamiques à Anjouan. Contribution à une étude culturelle des Comores, 2017. thèse de doctorat, Inalco.
- Regard extérieur J.-C. Hébert, Fêtes agraires dans l'île d'Anjouan (archipel des Comores), 1960. Journal de la Société des africanistes, t. 30, fasc. 1, p. 101-116.
