Histoire · XVe – XIXe siècle

Le temps des sultans

Une dizaine de sultanats en Grande Comore, un sultanat puissant à Anjouan, des capitales qui se déplacent et des rivalités sans fin : l'organisation politique de l'archipel avant la colonisation.

Voir la photo en grand : Escaliers de pierre dans la médina de Mutsamudu
Sur cette page 6 parties
  1. Des chefferies aux sultanats
  2. Ngazidja, l'île aux nombreux sultanats
  3. Anjouan, puissance de l'archipel
  4. Mayotte et Mohéli
  5. Une société hiérarchisée
  6. Guerres et alliances

Des chefferies aux sultanats

Avant les sultans, les villages étaient dirigés par des chefs dont les traditions conservent les titres. À partir des XIIIe – XVe siècles, des alliances matrimoniales entre lignées locales et nouveaux venus « chiraziens » ou arabes donnent naissance à des dynasties. Leur légitimité repose sur la généalogie, la religion, la richesse tirée du commerce et le contrôle des terres.

Les sultans ne sont pas des monarques absolus : ils gouvernent avec les notables, les conseils de lignages et les cadis, et leur pouvoir dépend de l'équilibre entre les grandes familles.

Ngazidja, l'île aux nombreux sultanats

Iconi, ancienne capitale de sultanat au sud de Moroni
Iconi, ancienne capitale de sultanat au sud de Moroni

La Grande Comore est divisée en une dizaine de sultanats (onze ou douze selon les époques) : Bambao, Itsandra, Mitsamihuli, Mbude, Hamahame, Hambuu, Mbadjini, Washili, Dimani, Hamanvu, Mbwankuu, Domba… Le plus prestigieux des sultans porte le titre de ntibe (sultan suzerain), que se disputent surtout les souverains de Bambao et d'Itsandra.

Ces rivalités s'inscrivent dans l'histoire de grands lignages royaux, comme l'Inya Fwambaya, dont les traditions ont été recueillies par Damir Ben Ali. Elles durent jusqu'à la fin du XIXe siècle, quand Saïd Ali de Bambao unifie l'île avec l'appui de la France.

Anjouan, puissance de l'archipel

Vue d'ensemble de Mutsamudu, chef-lieu d'Anjouan
Vue d'ensemble de Mutsamudu, chef-lieu d'Anjouan

À Anjouan, un sultanat unifie l'île à la fin du XVe siècle, lorsque des familles arabes venues de l'Hadramaout s'allient par mariage à la lignée régnante. La capitale est d'abord Domoni, sur la côte est, puis Mutsamudu, où le sultan Abdallah Ier la transfère à la fin du XVIIIe siècle. Une citadelle domine la ville, face aux menaces venues de la mer.

Riche de son port et de ses relations avec les navires européens, Anjouan revendique à plusieurs reprises une autorité sur Mohéli et Mayotte, ce qui nourrit des guerres répétées entre les îles.

Mayotte et Mohéli

La résidence du gouverneur à Dzaoudzi, bâtie à l'emplacement du palais du sultan Andriantsoly
La résidence du gouverneur à Dzaoudzi, bâtie à l'emplacement du palais du sultan Andriantsoly

À Mayotte, les sultans chiraziens règnent depuis Tsingoni, puis s'installent sur le rocher de Dzaoudzi, plus facile à défendre. Au XIXe siècle, l'île passe aux mains de princes d'origine malgache.

À Mohéli, l'île est longtemps partagée en grandes régions avant de se rassembler sous un sultan, souvent sous l'influence d'Anjouan. Au XIXe siècle, Fomboni devient le siège d'une dynastie fondée par le prince merina Ramanetaka, dont la fille, Djoumbé Fatima, sera la reine la plus célèbre de l'archipel.

Lire le récit : Le prince venu de la Grande Île.

Une société hiérarchisée

La société des sultanats distingue les lignages nobles, les hommes libres et les esclaves. En Grande Comore, l'accès au rang de notable passe par le grand mariage (anda), qui demeure aujourd'hui au cœur de la coutume. Les classes d'âge organisent la vie des hommes du village.

L'anthropologue comorien Sultan Chouzour a montré comment ce système fondé sur l'honneur, les dons et le prestige a traversé la colonisation et continue de structurer le pouvoir local.

Guerres et alliances

Les conflits sont permanents : entre sultanats d'une même île, entre Anjouan et ses voisines, puis contre les razzias venues de Madagascar. Pour l'emporter, les souverains cherchent des alliés extérieurs : marins anglais, sultans de Zanzibar, princes malgaches, puis la France.

C'est ainsi qu'au XIXe siècle les sultans eux-mêmes ouvrent la porte aux puissances coloniales : Andriantsoly à Mayotte en 1841, Saïd Ali en Grande Comore en 1885 – 1886. Lire la suite : La période coloniale.

Principales références

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