« Hale ! » « Halele ! »
En 1865, la reine Djoumbé Fatima signa avec un Français, Joseph Lambert, un contrat qui lui accordait de vastes terres à Mwali pour y créer des plantations. Lambert était un aventurier et un homme d'affaires établi à l'île Maurice, qui avait déjà fréquenté la cour de Madagascar. Bientôt, la reine et les Mohéliens comprirent qu'ils avaient beaucoup trop cédé.
Pour défaire ce qui avait été signé, la reine eut une idée : elle abdiqua en faveur de son fils aîné, Mohamed, encore enfant, et le nouveau sultan dénonça aussitôt le contrat. Mais Lambert ne renonça pas. Soutenu par le gouvernement de Mayotte, il fit appel à la France, et des navires de guerre vinrent bombarder Mwali. La reine dut s'enfuir à Zanzibar.
Elle ne se résigna pas. Avec l'appui des Britanniques, elle s'embarqua pour l'Europe. En 1868, elle débarqua à Marseille, puis gagna Paris pour demander à l'empereur Napoléon III d'arbitrer le conflit.
On n'avait encore jamais vu à Paris une reine des Comores. Les journaux illustrés publièrent son portrait et le récit de son arrivée ; le caricaturiste André Gill la dessina en couverture de L'Éclipse. Mais derrière la curiosité, il n'y eut pas de justice : le voyage ne changea rien au sort de Mwali.
En janvier 1871, Djoumbé Fatima parvint à rentrer dans son île. Son retour souleva les Mohéliens contre Lambert. La réponse ne se fit pas attendre : le 3 juin 1871, la marine française bombarda Fomboni et détruisit presque entièrement la vieille ville.
La reine retrouva pourtant son trône en 1874 et le garda jusqu'à sa mort, en 1878. Sa fille Salima Machamba, née de son union avec le Français Émile Fleuriot de Langle, devait être la dernière reine de Mwali.
Un petit royaume peut faire entendre sa voix ; encore faut-il qu'on veuille l'écouter.
Ce que l'on en sait
Ce récit est historique : le contrat avec Joseph Lambert (1865), l'abdication en faveur du fils aîné, le premier bombardement, l'exil à Zanzibar, le voyage en France de 1868 et la destruction de Fomboni le 3 juin 1871 sont documentés par les sources françaises et étudiés par Jean Martin. Le site comorien Muzdalifa House a consacré plusieurs articles à cette période et à la fondation de Fomboni. La presse illustrée parisienne de 1868 (Le Monde illustré, L'Univers illustré, L'Éclipse) a laissé plusieurs images de la reine, que ses contemporains appelaient Djombé-Fatouma.
L'auteur comorien Mohamed Rachidi a mis en scène son retour à Mohéli dans une pièce de théâtre, La Régence de Djoumbé Fatima (2021). Lire aussi : Fomboni, la ville aux sept villages et La période coloniale.
Pour aller plus loin
- Regard extérieur Jean Martin, Comores : quatre îles entre pirates et planteurs (2 tomes), 1983 – 1984. L'Harmattan.
- Voix de l'archipel Muzdalifa House, Djumbe Fatima, Ramanetaka, Makadara, Lambert et Fleuriot, 2019.
- Voix de l'archipel Muzdalifa House, Fomboni fondation et bombardements, 2022.
- Regard extérieur Alfred Gevrey, Essai sur les Comores, 1870. Pondichéry, A. Saligny.
