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Une islamisation progressive
L'islam arrive avec les marchands et les lettrés de la côte swahilie et du golfe Persique. Les plus anciennes tombes musulmanes (Bagamoyo, Acoua) et les premières mosquées fouillées, à Sima et à Domoni (Anjouan), datent des XIe – XIIe siècles. La conversion se fait progressivement : à Acoua, les archéologues observent au XIIe siècle un mélange de pratiques funéraires musulmanes et plus anciennes.
Au XVe siècle, l'islam sunnite de rite chaféite, le même que sur la côte swahilie, est devenu la religion de tout l'archipel. Il le reste aujourd'hui, dans les quatre îles.
Mtswa Mwindza, la mémoire d'un commencement
La tradition de la Grande Comore raconte qu'un notable du Mbude, Mtswa Mwindza, partit en Arabie avec des marchands, y apprit la nouvelle religion et revint l'enseigner à Ntsaweni, où l'on montre son tombeau. Le récit le fait vivre au VIIe siècle, du temps du Prophète ou de ses compagnons.
Un sondage dans la mosquée de Ntsaweni (2010) a donné des datations des XIe – XIIe siècles, sans confirmer l'hypothèse d'un édifice du VIIe siècle. Le récit reste néanmoins essentiel : il fait de Ntsaweni le berceau de l'islam comorien et rattache directement l'archipel aux origines de la religion. Lire le récit : Mtswa Mwindza.
Les « Chiraziens » : mythe et histoire
Comme sur toute la côte swahilie, de nombreuses familles nobles des Comores se disent descendantes de princes venus de Chiraz, en Perse. La chronique de Kilwa raconte que sept navires partirent de Chiraz ; six fils fondèrent des cités sur la côte, et le père aborda à « Hanzuan », c'est-à-dire Anjouan.
La plupart des historiens y voient un mythe d'origine prestigieux, adopté par des élites marchandes en partie africaines, plutôt que le souvenir d'une migration massive. Il traduit néanmoins des liens bien réels avec le golfe Persique. Aux Comores, des lignées dites chiraziennes s'allient aux chefs locaux par le mariage et fondent, à partir des XIIIe – XVe siècles, les premières dynasties de sultans.
Des cités de pierre
Avec l'islam et le commerce apparaît une architecture de pierre de corail : mosquées, maisons à cour intérieure, remparts. Domoni, fondée au XIIe siècle d'après l'archéologie, est longtemps la capitale d'Anjouan. La tradition attribue la fondation de Mutsamudu à la fin du XVe siècle.
À Mayotte, le sultanat s'organise vers 1460 – 1470 autour de Tsingoni. Deux inscriptions en arabe, découvertes en 2006 sur des plaques de corail, datent le mihrab de la mosquée royale de l'an 944 de l'Hégire, soit 1538. C'est la plus ancienne mosquée encore en activité sur le territoire français.
Les îles sur les cartes arabes
À la fin du XVe siècle, le grand pilote Ahmad Ibn Mâjid, dont les traités guident les marins de l'océan Indien, décrit Anjouan et le port de Domoni, et mentionne Mayotte pour la première fois vers 1490. Le nom même de l'archipel viendrait de l'arabe Djazaïr al-Qamar, « les îles de la Lune ».
Ces textes montrent des îles bien intégrées aux routes de la mousson, où l'on fait escale entre la côte africaine, Madagascar, l'Arabie et l'Inde.
Une société lettrée et métissée
Les écoles coraniques, les mosquées et les liens avec Zanzibar, l'Hadramaout ou Oman forment des générations de lettrés. L'écriture arabe sert aussi à noter le comorien et le swahili.
La civilisation qui naît alors est profondément métissée : africaine par la langue et une partie de la coutume (en Grande Comore, la maison et une partie des biens se transmettent par les femmes), arabe et musulmane par la religion et l'écriture, ouverte à la Perse, à l'Inde et à Madagascar par le commerce.
Principales références
- Regard extérieur Henry T. Wright et al., Early Seafarers of the Comoro Islands: the Dembeni Phase of the IXth – Xth Centuries AD, 1984. Azania, n° 19, p. 13 – 59.
- Regard extérieur Anonyme, Chronique de Kilwa (Kitab al-Sulwa), XVIe siècle.
- Regard extérieur Ahmad Ibn Mâjid, Traités nautiques (fin du XVe siècle), v. 1490.
- Voix de l'archipel Damir Ben Ali, Histoire de la pratique de l'islam aux Comores. texte en ligne de l'auteur.
- Voix de l'archipel Saïd Ahmed Zaki, Chronique d'Anjouan (manuscrit de 1927). publiée et commentée par Claude Allibert, Études Océan Indien, n° 29, Inalco.
- Voix de l'archipel Prince Saïd Hussein (Saïd Housseini), Histoire et sociologie de Ngazidja (manuscrit de 1934). présentation, traduction et notes de Damir Ben Ali, Études Océan Indien, Inalco.
- Regard extérieur Claude Allibert, Mayotte, plaque tournante et microcosme de l'océan Indien occidental : son histoire avant 1841, 1984. Anthropos.
- Regard extérieur Direction des affaires culturelles de Mayotte, Mayotte, archéologies : quarante années de recherches. ministère de la Culture.
- Regard extérieur Iain Walker, Islands in a Cosmopolitan Sea: A History of the Comoros, 2019. Hurst (Londres) ; Oxford University Press (New York).
