Histoire · Xe – XVe siècle

L'islam et le monde swahili

Marchands, lettrés et lignées « chiraziennes » : comment l'islam s'est enraciné et comment les îles sont devenues une part du monde swahili, entre tradition et archéologie.

Voir la photo en grand : L'ancienne mosquée du Vendredi de Moroni, fondée au XVe siècle
Sur cette page 6 parties
  1. Une islamisation progressive
  2. Mtswa Mwindza, la mémoire d'un commencement
  3. Les « Chiraziens » : mythe et histoire
  4. Des cités de pierre
  5. Les îles sur les cartes arabes
  6. Une société lettrée et métissée

Une islamisation progressive

L'islam arrive avec les marchands et les lettrés de la côte swahilie et du golfe Persique. Les plus anciennes tombes musulmanes (Bagamoyo, Acoua) et les premières mosquées fouillées, à Sima et à Domoni (Anjouan), datent des XIe – XIIe siècles. La conversion se fait progressivement : à Acoua, les archéologues observent au XIIe siècle un mélange de pratiques funéraires musulmanes et plus anciennes.

Au XVe siècle, l'islam sunnite de rite chaféite, le même que sur la côte swahilie, est devenu la religion de tout l'archipel. Il le reste aujourd'hui, dans les quatre îles.

Mtswa Mwindza, la mémoire d'un commencement

Le rempart de Ntsaoueni, bâti contre les razzias et qui protège aujourd'hui la ville des tempêtes
Le rempart de Ntsaoueni, bâti contre les razzias et qui protège aujourd'hui la ville des tempêtes

La tradition de la Grande Comore raconte qu'un notable du Mbude, Mtswa Mwindza, partit en Arabie avec des marchands, y apprit la nouvelle religion et revint l'enseigner à Ntsaweni, où l'on montre son tombeau. Le récit le fait vivre au VIIe siècle, du temps du Prophète ou de ses compagnons.

Un sondage dans la mosquée de Ntsaweni (2010) a donné des datations des XIe – XIIe siècles, sans confirmer l'hypothèse d'un édifice du VIIe siècle. Le récit reste néanmoins essentiel : il fait de Ntsaweni le berceau de l'islam comorien et rattache directement l'archipel aux origines de la religion. Lire le récit : Mtswa Mwindza.

Les « Chiraziens » : mythe et histoire

Comme sur toute la côte swahilie, de nombreuses familles nobles des Comores se disent descendantes de princes venus de Chiraz, en Perse. La chronique de Kilwa raconte que sept navires partirent de Chiraz ; six fils fondèrent des cités sur la côte, et le père aborda à « Hanzuan », c'est-à-dire Anjouan.

La plupart des historiens y voient un mythe d'origine prestigieux, adopté par des élites marchandes en partie africaines, plutôt que le souvenir d'une migration massive. Il traduit néanmoins des liens bien réels avec le golfe Persique. Aux Comores, des lignées dites chiraziennes s'allient aux chefs locaux par le mariage et fondent, à partir des XIIIe – XVe siècles, les premières dynasties de sultans.

Des cités de pierre

Domoni, ancienne cité des sultans sur la côte est d'Anjouan
Domoni, ancienne cité des sultans sur la côte est d'Anjouan

Avec l'islam et le commerce apparaît une architecture de pierre de corail : mosquées, maisons à cour intérieure, remparts. Domoni, fondée au XIIe siècle d'après l'archéologie, est longtemps la capitale d'Anjouan. La tradition attribue la fondation de Mutsamudu à la fin du XVe siècle.

À Mayotte, le sultanat s'organise vers 1460 – 1470 autour de Tsingoni. Deux inscriptions en arabe, découvertes en 2006 sur des plaques de corail, datent le mihrab de la mosquée royale de l'an 944 de l'Hégire, soit 1538. C'est la plus ancienne mosquée encore en activité sur le territoire français.

Les îles sur les cartes arabes

À la fin du XVe siècle, le grand pilote Ahmad Ibn Mâjid, dont les traités guident les marins de l'océan Indien, décrit Anjouan et le port de Domoni, et mentionne Mayotte pour la première fois vers 1490. Le nom même de l'archipel viendrait de l'arabe Djazaïr al-Qamar, « les îles de la Lune ».

Ces textes montrent des îles bien intégrées aux routes de la mousson, où l'on fait escale entre la côte africaine, Madagascar, l'Arabie et l'Inde.

Une société lettrée et métissée

Les écoles coraniques, les mosquées et les liens avec Zanzibar, l'Hadramaout ou Oman forment des générations de lettrés. L'écriture arabe sert aussi à noter le comorien et le swahili.

La civilisation qui naît alors est profondément métissée : africaine par la langue et une partie de la coutume (en Grande Comore, la maison et une partie des biens se transmettent par les femmes), arabe et musulmane par la religion et l'écriture, ouverte à la Perse, à l'Inde et à Madagascar par le commerce.

Principales références

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En images

KomoriLes îles de la Lune
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