Hale halele · Légende de lieu

Le Dos du Dragon

À Ivoini, une échine de lave noire s'avance dans l'océan. Certains y voient une bête marine que la prière d'un saint homme aurait changée en pierre.

Voir la photo en grand : La plage de Bangoi-Kouni, au nord-est de la Grande Comore

« Hale ! » « Halele ! »

À la pointe nord-est de Ngazidja, près du village d'Ivoini, une étrange crête de roche noire s'avance dans l'océan. Elle est dentelée comme une scie, hérissée de pointes, et les vagues s'y brisent en gerbes d'écume. On l'appelle le Dos du Dragon.

Il y a très longtemps, raconte-t-on, une créature gigantesque vivait au large. Elle surgissait des profondeurs les nuits de tempête, retournait les pirogues d'un coup de queue et engloutissait les pêcheurs. Les villages de la côte n'osaient plus prendre la mer, et la faim s'installait.

Un saint homme vint alors s'asseoir sur le rivage. Il pria toute une nuit face à l'océan, sans s'interrompre, pendant que la bête rugissait et que les vagues montaient jusqu'à ses pieds. À l'aube, quand il prononça la dernière formule, la créature, qui s'élançait vers la côte, se figea d'un coup. Sa peau devint pierre, ses écailles des lames de basalte, et elle resta là, l'échine tendue vers la terre.

Depuis, les pêcheurs passent sans crainte, et les enfants grimpent sur les crêtes en se faisant peur. Mais les jours de grosse houle, quand la mer frappe la roche avec fracas, certains anciens disent que la bête, sous la pierre, n'a pas fini de gronder.

Ce que l'on en sait

Le Dos du Dragon est une formation volcanique bien réelle : une longue arête de lave noire, déchiquetée par l'érosion, qui s'avance dans la mer à Ivoini, au nord-est de la Grande Comore. Elle est sans doute née d'une éruption ancienne dont on n'a pas gardé la mémoire, et l'on ne sait pas depuis quand on lui donne ce nom. C'est aujourd'hui un but de promenade très photographié.

La légende de la bête pétrifiée nous a été signalée comme une tradition d'Ivoini. Nous ne l'avons trouvée dans aucun recueil publié : elle reste à confirmer auprès des anciens du village. Elle rejoint pourtant une manière très comorienne de lire les paysages, où chaque cratère, chaque lac et chaque rocher a son histoire : voir Le Trou du Prophète ou L'anneau de la reine de Saba.

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