« Hale ! » « Halele ! »
Il était une fois sept sœurs. Les six aînées étaient belles et fières ; la septième, la plus petite, avait la peau couverte de gale, et ses sœurs refusaient de dormir près d'elle. « N'allez jamais dans la forêt, répétaient les parents. Le zimwi y guette les enfants. »
Un jour, un étranger magnifique arriva au village. Il portait de beaux habits, parlait d'une voix douce, et quand il souriait, on voyait ses dents, limées en pointe. « Venez chez moi, dit-il aux sœurs, je vous offrirai des fruits et des bijoux. » Les six aînées le suivirent en riant. La petite les suivit de loin, cachée dans les buissons.
La maison de l'étranger était au fond de la forêt. Il servit un bon repas et étendit une natte pour la nuit. Les aînées s'endormirent aussitôt ; la petite, elle, gratta sa gale et ne ferma pas l'œil. Vers minuit, elle entendit l'étranger aiguiser un couteau en chantonnant : « Six petites filles bien grasses… » C'était le zimwi.
« Tu ne dors pas ? » gronda-t-il. « Je ne peux pas, répondit la petite. Chez nous, ma mère me lave avec de l'eau de la rivière avant de dormir. » Pour qu'elle s'endorme enfin, le zimwi partit puiser de l'eau. La petite lui avait tendu un panier percé : il s'acharna longtemps au bord de la rivière. Pendant ce temps, elle réveilla ses sœurs, et toutes s'enfuirent dans la nuit.
Le zimwi les poursuivit à travers la forêt, plus rapide que le vent. Mais au moment où il allait les rattraper, le premier appel à la prière s'éleva du village, et le monstre recula dans l'ombre. Depuis ce jour, les six aînées dorment près de leur petite sœur, gale ou pas gale. Et quand un bel étranger aux dents trop pointues passe au village, ce sont elles qui ferment la porte.
Le plus petit, que l'on méprise, est parfois le seul qui veille ; méfions-nous des sourires trop beaux.
Ce que l'on en sait
L'enfant méprisé qui sauve ses aînés d'un ogre est un héros que l'on rencontre dans les contes du monde entier, du Petit Poucet aux récits d'Afrique de l'Est. Le zimwi est le nom de l'ogre, créature qui change d'apparence, dans les contes de la côte swahilie. Ses dents limées le trahissent, comme les pieds des djinns trahissent la passagère aux pieds de bœuf.
Ce conte nous a été signalé comme venant du nord de la Grande Comore (Mbude, Mitsamiouli), où il est aussi raconté sous le nom de « la bête d'Ivoini ». Nous ne l'avons pas retrouvé dans les recueils publiés que nous avons pu consulter : cette version suit la trame la plus courante du conte, avec nos mots.
Pour aller plus loin
- Voix de l'archipel Salim Hatubou, Contes et légendes des Comores ou Genèse d'un pays bantu, 2004. rééd. sous le titre Aux origines du monde : contes et légendes des Comores, Flies France, 2015.
- Voix de l'archipel Ahmed Ali Mroimana et Mohamed Ahmed-Chamanga, Contes comoriens de Ngazidja. Au-delà des mers, 1999. L'Harmattan, coll. Archipel des Comores.
