Hale halele · Récit

La reine-enfant de Mwali

Elle avait cinq ou six ans quand elle devint reine. Entre une mère régente, une gouvernante venue des Mascareignes et des notables pressés de la marier, la petite Fatima apprit tôt son métier de souveraine.

Voir la photo en grand : Djoumbé Fatima, reine de Mohéli au XIXe siècle

« Hale ! » « Halele ! »

En 1842, à Fomboni, le souverain Ramanetaka-Abderemane mourut. Il laissait une fille née vers 1836 à Ouallah : Fatima, que l'on appelle aussi Djoumbé Soudi. Elle avait cinq ou six ans. C'est elle que l'on proclama reine de Mwali.

Une enfant ne gouverne pas. Sa mère, Ravao, princesse merina elle aussi, exerça la régence. En 1843, elle épousa un ancien conseiller de son mari, le général Ratsivandini, dont elle se sépara trois ans plus tard. Elle mourut en 1847 — empoisonnée, a-t-on dit.

Autour de la petite reine, les puissances se disputaient l'influence. La France, installée à Mayotte depuis peu, voulait compter à Mwali. En 1847, elle fit venir une gouvernante, Madame Droit, une créole de l'île Maurice élevée par des missionnaires protestants, puis par des religieuses de Saint-Denis de La Réunion. Sa mission : donner à la jeune souveraine une éducation « à la fois française et chrétienne ». En 1849, la France fit couronner Fatima, qui avait douze ou treize ans.

Mais à Mwali, une reine musulmane devait épouser un musulman. En 1851, les notables lui proposèrent un prince de Zanzibar, Saïd Mohamed Nasser M'Kadara. Fatima refusa. Dans l'île, on murmura que la reine ne voulait plus d'un époux musulman, et l'on accusa la gouvernante de l'avoir détournée de sa foi. En octobre 1851, Madame Droit dut quitter Mwali.

La reine épousa finalement le prince de Zanzibar. Elle eut plusieurs enfants, dont Mohamed, né vers 1859, qui régnera à son tour. Fatima, elle, savait désormais tenir son rang : Alfred Gevrey, un magistrat français qui vécut deux ans à Mayotte, décrit une cour où les dames d'honneur entraient dans le salon de la reine en se prosternant, s'approchaient d'elle à genoux et repartaient de la même manière.

Ce que l'on en sait

Ce récit est historique. Fatima Soudi bint Abderemane, dite Djoumbé Fatima (vers 1836 – 1878), règne sur Mohéli de 1842 à 1865, puis de nouveau de 1874 à sa mort. Les épisodes de la régence de Ravao, de la gouvernante Madame Droit et du mariage d'abord refusé sont documentés par les sources françaises de l'époque et étudiés par Jean Martin. Le tableau de la cour est celui d'Alfred Gevrey, un témoin extérieur au regard souvent condescendant. Christophe Grosdidier a tiré de cette vie un roman historique (2004).

La suite : Le voyage de la reine à Paris. Lire aussi : Portraits.

Pour aller plus loin

Toute la bibliographie

KomoriLes îles de la Lune
Préparer mon voyage