« Hale ! » « Halele ! »
Autrefois, à Mwali, chaque lignée appartenait à l'une des deux grandes moitiés de l'île : les mdjaume, dont le nom vient de mdji wa ume, « la cité du côté masculin », et les mdjawashe, de mdji wa washe, « la cité du côté féminin ». Chaque moitié avait ses villages, ses maisons et ses alliances, et chacun savait à quel côté il appartenait.
Du côté de Djoiezi vivait une maison mdjawashe très puissante, celle que l'on appelait Mwali-Mdjini, du nom de la vieille cité abandonnée des hauteurs. Forte de sa puissance, elle se mit à avancer sur les terres du Djando, au sud-est de l'île, qui appartenaient au groupe de Hanyamwada. Le Djando, moins puissant, ne pouvait pas l'arrêter seul.
Alors l'autre moitié de l'île s'en mêla. Parmi les mdjaume, il y avait les gens d'Upvanga, qui portent le nom de leur maison fondatrice. Ils écoutèrent les deux partis et jugèrent que le Djando était dans son droit. Ils ne se contentèrent pas de le dire : ils envoyèrent des membres de leurs propres maisons s'installer à la frontière du territoire, comme sentinelles, pour que personne ne la franchisse plus.
Ces gardiens ne repartirent jamais. Leurs descendants vivent toujours à Wanani, le chef-lieu du Djando, et à Mlabanda. Et quand on demande pourquoi des mdjaume habitent là, au milieu des terres de l'autre moitié, les anciens racontent l'histoire des sentinelles.
La justice ne vient pas toujours du plus fort : il arrive que le voisin la rétablisse.
Ce que l'on en sait
Cette tradition est rapportée par l'anthropologue Sophie Blanchy et le sociologue mohélien Salim Djabir dans un article de la revue L'Homme (2021), qui s'appuie notamment sur une synthèse des traditions de Mohéli rédigée par S. Djabir en 1996. Elle explique une exception : d'ordinaire, les deux moitiés de l'île, mdjaume et mdjawashe, n'habitent pas les mêmes villages ; à Wanani et à Mlabanda, des mdjaume vivent pourtant en territoire mdjawashe.
Les auteurs montrent que ces groupes de filiation, considérés comme matrilinéaires (les madzuwe, « maisons »), se mesurent lors des échanges cérémoniels — grands mariages, fêtes — qui construisent et contestent les hiérarchies entre lignées et villages. Lire aussi : Mwali-Mdjini, la cité abandonnée et La forteresse cachée de Bandamale.
Pour aller plus loin
- Regard extérieur Sophie Blanchy et Haddad Salim Djabir, Construction et contestation des hiérarchies dans les échanges cérémoniels aux Comores (île de Mohéli), 2021. L'Homme, n° 238, p. 101 – 140.
- Voix de l'archipel Muzdalifa House (entretien avec le sociologue Salim Djabir), Une histoire de Mwali, 2021.
