Hale halele · Récit

Ouénéfou, l'îlot des lépreux

Au large de Nioumachoua, un îlot de sable blanc garde, sous les arbres, les ruines d'une mosquée. C'est là, raconte-t-on, que l'on envoyait autrefois les malades de la lèpre.

Voir la photo en grand : Les îlots de Nioumachoua, joyaux du parc national de Mohéli

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Face à Nioumachoua, sur la côte sud de Mwali, la mer est semée d'îlots. L'un d'eux s'appelle Chissioua Ouénéfou. Ses plages sont blanches, ses arbres donnent de l'ombre, les tortues viennent y pondre. On dirait un petit paradis.

Pourtant, son nom raconte une autre histoire. Ouénéfou, c'est l'îlot des wenefu, les lépreux. Autrefois, quand la maladie frappait quelqu'un, on le conduisait là-bas, de l'autre côté de l'eau. Il y vivait à l'écart, avec les autres malades, en attendant la guérison… ou la fin.

Les malades n'y étaient pas tout à fait oubliés. Sous les arbres, on voit encore les ruines d'habitations et d'une petite mosquée : même au bout du monde, on priait ensemble. Et l'on dit que le soleil, le sable blanc et l'eau de mer faisaient partie des remèdes.

Aux Comores, la lèpre fut longtemps une maladie que l'on redoutait et dont on parlait à voix basse. On isolait les malades loin des villages, sur des îlots ou des hauteurs. À Mwali, c'était Ouénéfou.

Aujourd'hui, l'îlot fait partie du parc national de Mohéli. Les tortues y pondent toujours, les visiteurs viennent pour la mer et le sable. Mais les ruines sont là, sous les arbres, pour se souvenir des wenefu.

Les lieux gardent la mémoire de ceux que l'on a voulu tenir à l'écart.

Ce que l'on en sait

Chissioua Ouénéfou est l'un des îlots de Nioumachoua, au cœur du parc national de Mohéli. Son nom renvoie à la lèpre : l'îlot a servi de lieu d'isolement et de soin pour les lépreux, comme la léproserie de Mtsamboro à Mayotte (qui comptait encore 263 malades en 1954) ou le mont Ikoni en Grande Comore. Des ruines d'habitations et d'une mosquée y subsistent.

En 2025, le médecin et écrivain comorien Mohamed Ahmed Bacar Rezida a proposé dans Masiwa une hypothèse audacieuse : certains traits prêtés aux djinns de la tradition — êtres redoutés, invisibles, relégués à l'écart des hommes — pourraient garder la mémoire déformée de la lèpre et de l'isolement des malades. Ce n'est qu'une hypothèse, mais elle invite à relire autrement des récits comme La passagère aux pieds de bœuf ou Le temps des djinns.

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