« Hale ! » « Halele ! »
Autrefois, disent les anciens, l'archipel ne comptait pas quatre îles, mais cinq. La cinquième s'appelait Mjombi. Elle se trouvait loin au sud-est, entre Mayotte et la Grande Île, Madagascar.
C'était une terre heureuse. Ses habitants étaient pêcheurs et marchands ; ils parlaient plusieurs langues, car leurs familles venaient d'Arabie, de l'Inde et de Madagascar. Leurs boutres allaient et venaient entre les côtes, chargés de riz, de tissus et de poisson séché.
Mais un jour, la mer se leva. Elle monta plus haut que les arbres, plus haut que les toits, et recouvrit l'île tout entière. Seuls quelques habitants, qui se trouvaient en mer ou eurent le temps de fuir sur leurs pirogues, survécurent pour raconter la catastrophe.
Depuis, l'île dort sous les eaux. Les marins qui passent au-dessus du haut-fond qu'on appelle Mdjumbi jettent une pièce de monnaie à la mer, pour demander aux djinns de l'océan de les laisser passer sans encombre.
Ce que l'on en sait
Le mythe de la « cinquième île » est très répandu dans l'archipel. Le nom de Mdjumbi désigne en comorien un haut-fond du canal du Mozambique, que les cartes marines appellent le banc du Castor.
Aucune trace d'une île habitée et engloutie n'est connue à cet endroit. Le récit rappelle cependant l'importance de la mer, de ses dangers et de ses esprits dans la vie des marins comoriens, et la mémoire de populations métissées, comme les Antalaotra, marchands musulmans de la côte malgache.
Pour aller plus loin
- Voix de l'archipel Salim Hatubou, Contes et légendes des Comores ou Genèse d'un pays bantu, 2004. rééd. sous le titre Aux origines du monde : contes et légendes des Comores, Flies France, 2015.
- Regard extérieur Claude Allibert, Mayotte, plaque tournante et microcosme de l'océan Indien occidental : son histoire avant 1841, 1984. Anthropos.
