« Hale ! » « Halele ! »
Il était une fois une petite fille qui avait perdu sa mère. Son père s'était remarié, et sa marâtre ne l'aimait pas. À sa propre fille, elle donnait les plus beaux pagnes et la meilleure part du repas ; à l'orpheline, les corvées, les restes et les reproches.
Un matin, la marâtre lui tendit un panier percé. « Va me chercher de l'eau de mer, et ne reviens pas avant que le panier soit plein. » L'orpheline marcha jusqu'au rivage en pleurant. Au pied d'un grand baobab était assise une vieille femme aux cheveux en désordre. « Ma fille, dit-elle, mes mains tremblent. Veux-tu m'épouiller la tête ? »
L'orpheline posa son panier, s'agenouilla et peigna doucement les cheveux de la vieille, sans une plainte, même quand elle vit que ses poux étaient des scorpions et des mille-pattes. « Tu as le cœur bien élevé, dit la vieille. Garnis ton panier de feuilles de ce baobab, et puise. » Le panier se remplit et ne fuit plus. Quand l'orpheline se releva, le baobab secoua ses branches : il en tomba des bracelets, des colliers et des boucles d'oreilles en or.
Voyant l'or, la marâtre envoya aussitôt sa propre fille au bord de l'océan. La vieille femme était toujours là. « Ma fille, veux-tu m'épouiller la tête ? » « Je n'ai pas le temps, et tes cheveux me dégoûtent. Donne-moi l'or, c'est tout ce que je veux. » La vieille ne dit rien. Le baobab secoua ses branches : il en tomba des guêpes, des épines et de la poussière, qui poursuivirent la jeune fille jusqu'à la maison.
On dit que l'orpheline, devenue grande, fut demandée en mariage par le fils d'un notable, et qu'elle n'oublia jamais d'aider les vieilles personnes qu'elle croisait. Car on ne sait jamais qui se cache sous les cheveux blancs d'une inconnue.
Le respect dû aux anciens porte bénédiction : la politesse est un trésor qui ne s'épuise pas.
Ce que l'on en sait
Ce conte appartient à l'une des familles de récits les plus répandues au monde, celle de la bonne et de la mauvaise fille : la politesse de l'une est récompensée, l'arrogance de l'autre punie. L'épreuve qui consiste à épouiller une vieille femme, esprit ou djinn déguisé, se retrouve dans de nombreuses versions. Le conte enseigne la heshima, le respect dû aux aînés, au cœur de l'éducation comorienne.
Il nous a été signalé comme un classique des veillées familiales, repris par Salim Hatubou, qui a publié les contes que lui disait sa grand-mère à Milépvani. Nous n'avons pas pu vérifier sa version ; celle-ci suit la trame la plus courante du conte. Lire aussi : La belle qui refusait tous les prétendants.
Pour aller plus loin
- Voix de l'archipel Salim Hatubou, Contes de ma grand-mère (contes comoriens), 1994. L'Harmattan.
