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1946 : un territoire d'outre-mer
La loi du 9 mai 1946 détache les Comores de Madagascar et leur donne l'autonomie administrative et financière : l'archipel devient un territoire d'outre-mer, avec sa propre assemblée. Le docteur Saïd Mohamed Cheikh est élu député à l'Assemblée nationale, à Paris. Une élite politique comorienne se forme, que l'historien Mahmoud Ibrahime a étudiée.
Dzaoudzi ou Moroni ?
Le 14 mai 1958, l'Assemblée territoriale vote le transfert de la capitale de Dzaoudzi, à Mayotte, vers Moroni, en Grande Comore : les 26 élus des trois autres îles votent pour, les quatre élus mahorais contre. Le déménagement des services s'étale jusqu'en 1966. À Mayotte, beaucoup le vivent comme un déclassement.
La naissance du mouvement mahorais
Le 2 novembre 1958, des notables mahorais réunis à Tsoundzou, à l'initiative de Georges Nahouda, réclament la départementalisation de l'île. De ce « congrès des notables » naît un mouvement qui deviendra le Mouvement populaire mahorais (MPM), animé notamment par Marcel Henry et Younoussa Bamana.
Dans les années 1960 et 1970, des femmes, les « chatouilleuses », parmi lesquelles Zéna M'Déré, mènent des actions spectaculaires contre les partisans de l'indépendance venus des autres îles.
L'autonomie interne
En 1961, les Comores obtiennent l'autonomie interne. Saïd Mohamed Cheikh préside le conseil de gouvernement de 1962 à sa mort, le 16 mars 1970. Lui succèdent le prince Saïd Ibrahim, puis Ahmed Abdallah. Les gouvernements de cette période défendent d'abord une autonomie au sein de la République française.
Le nationalisme comorien
À la fin de 1962, des Comoriens installés en Afrique de l'Est fondent à Dar es Salaam le MOLINACO (Mouvement de libération nationale des Comores). Depuis la Tanzanie, il porte la revendication d'indépendance auprès de l'Organisation de l'unité africaine et de l'ONU.
En janvier 1968, une grève des lycéens de Moroni ouvre le débat politique dans l'archipel. Les partis indépendantistes sont légalisés et le mouvement s'accélère après la mort de Saïd Mohamed Cheikh.
1973 – 1975 : de la consultation à la proclamation
Des accords signés le 15 juin 1973 prévoient l'accession à l'indépendance. Lors de la consultation du 22 décembre 1974, 94,6 % des votants de l'archipel choisissent l'indépendance ; à Mayotte, 63,8 % votent pour le maintien dans la France.
Le Parlement français adopte alors la loi du 3 juillet 1975, qui prévoit l'adoption de la future constitution île par île. Y voyant une manœuvre pour détacher Mayotte, la Chambre des députés des Comores proclame l'indépendance le 6 juillet 1975 ; Ahmed Abdallah devient chef de l'État. Mayotte, elle, reste sous administration française. Lire : Mayotte : regards croisés.
Principales références
- Voix de l'archipel Mahmoud Ibrahime, La naissance de l'élite politique comorienne (1945 – 1975). L'Harmattan.
- Regard extérieur George Roberts, MOLINACO, the Comorian Diaspora, and Decolonisation in East Africa's Indian Ocean, 2021. Journal of African History.
- Regard extérieur République française, Loi n° 75-560 du 3 juillet 1975 relative à l'indépendance du territoire des Comores, 1975. Journal officiel.
- Regard extérieur Malyn Newitt, The Comoro Islands: Struggle against Dependency in the Indian Ocean, 1984. Westview Press.
- Regard extérieur Iain Walker, Islands in a Cosmopolitan Sea: A History of the Comoros, 2019. Hurst (Londres) ; Oxford University Press (New York).