Hale halele · Conte

L'idiot et le malin

Deux compagnons partagent leurs récoltes : le malin veut tout garder pour lui, mais la candeur de l'idiot retourne chacun de ses pièges contre lui.

Voir la photo en grand : Le marché de Volo Volo, à Moroni

« Hale ! » « Halele ! »

Il était une fois deux compagnons qui défrichèrent ensemble un champ dans le Bambao. L'un passait pour malin : il avait la langue vive et le calcul facile. L'autre passait pour idiot : il disait toujours oui et ne comptait jamais rien. Ils convinrent de partager tout ce que la terre leur donnerait.

« Je suis généreux, dit le malin : choisis. Le haut des plantes ou le bas ? » « Le haut », répondit l'idiot. Le malin planta du manioc, ravi de garder les racines. Mais l'idiot cueillit les feuilles, les pila et les cuisit au lait de coco : ses mataba furent si bons que tout le marché se les arracha, tandis que les racines du malin, trop nombreuses, se vendirent à vil prix.

« Cette fois, je prends le haut ! » décida le malin la saison suivante, et il sema du maïs. L'idiot hérita des tiges et des feuilles sèches, qu'il donna à une vache maigre achetée pour presque rien. La vache engraissa et se mit à donner du lait.

Le malin, jaloux, réclama sa part. « La vache est à nous deux : je prends l'arrière, celle qui donne le lait ; toi, l'avant. » L'idiot accepta et continua de nourrir la tête. Mais chaque fois que le malin s'accroupissait pour traire, l'idiot, qui aimait parler à sa moitié de vache, lui grattait le museau : la bête ruait, renversait le seau et envoyait le malin rouler dans la poussière.

Au bout d'une semaine, le malin avait les côtes meurtries et pas une goutte de lait. « Reprends-la tout entière », soupira-t-il. Et l'idiot, qui ne savait toujours pas compter, partagea son lait avec tout le voisinage.

Qui creuse un piège pour son compagnon finit souvent par y tomber : la candeur vaut mieux que la ruse cupide.

Ce que l'on en sait

Le couple du malin et du naïf est l'un des plus répandus dans les contes de l'océan Indien et du monde entier. Le partage des récoltes, « le haut ou le bas », est un épisode que les folkloristes retrouvent sur tous les continents (le type « partage de la récolte », ATU 1030). À Ngazidja, les feuilles de manioc deviennent les mataba, plat de fête cuisiné au lait de coco.

Ce conte nous a été signalé comme recueilli dans le Bambao par Ahmed Ali Mroimana et Mohamed Ahmed-Chamanga, pour leurs Contes comoriens de Ngazidja (1999). Nous n'avons pas pu consulter ce recueil pour vérifier leur texte : la version donnée ici suit la trame la plus courante du conte, avec nos mots.

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