Hale halele · Récit

Singani, la mosquée que la lave épargna

Avril 1977 : une coulée du Karthala traverse Singani. Revenus après l'éruption, les habitants découvrent que leur mosquée est restée debout.

Voir la photo en grand : Anciennes coulées de lave du Karthala descendant vers la mer

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Au début d'avril 1977, la terre se mit à trembler dans le Hambou, au pied du Karthala. Sur le flanc sud-ouest du volcan, à quelques centaines de mètres d'altitude seulement, une fissure s'ouvrit dans un grondement de tonnerre, et une fontaine de feu jaillit au-dessus des champs.

La lave se mit en marche. Ce n'était pas un fleuve rapide, mais une muraille de blocs brûlants qui avançait en craquant, renversait les arbres et emplissait l'air d'une odeur de soufre. Les habitants de Singani et des villages voisins rassemblèrent ce qu'ils purent et s'enfuirent : plus de quatre mille personnes furent évacuées.

La coulée se divisa en deux bras. L'un ravagea une partie de Singani, l'autre une partie du village voisin de M'Djoyesi ; puis ils se rejoignirent plus bas et filèrent jusqu'à la mer. Pendant des semaines, la roche fuma.

Quand les habitants purent enfin revenir, ils marchèrent dans un paysage qu'ils ne reconnaissaient plus. Mais au milieu des blocs noirs, leur mosquée était debout, intacte. « La lave s'est écartée devant elle », dirent les anciens, et l'on pria longtemps ce jour-là.

Singani fut reconstruite. Et chaque année, le 5 avril, le village commémore l'éruption, la peur, la fuite… et la mosquée que le feu du Karthala n'a pas touchée.

Ce que l'on en sait

L'éruption d'avril 1977 est la plus destructrice des coulées historiques du Karthala. Une fissure s'ouvrit sur le flanc sud-ouest, vers 360 mètres d'altitude ; la coulée se scinda en deux branches qui détruisirent en partie Singani et M'Djoyesi, se rejoignirent plus bas et atteignirent la mer. Plus de 4 000 personnes furent évacuées. Revenus plusieurs semaines plus tard, les habitants trouvèrent leurs mosquées intactes. Les villages ont été reconstruits, et l'éruption est commémorée chaque année le 5 avril.

Pour les volcanologues, une coulée qui se divise suit le relief ; pour les habitants, la mosquée épargnée fut un signe. Le récit du miracle a rejoint les vieilles histoires sur les colères du volcan, comme L'anneau de la reine de Saba. Lire aussi : Volcans et reliefs.

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