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Des îles longtemps inhabitées
Les quatre îles sont des volcans sortis de l'océan bien avant l'arrivée des hommes. Aucune trace d'occupation humaine n'est connue avant la seconde moitié du Ier millénaire de notre ère. Les plus anciens sites datés, comme Sima à Anjouan, remontent aux VIIIe – Xe siècles ; à Mayotte, le site de Dembéni est occupé du IXe au XIIe siècle.
Le peuplement s'est donc fait relativement tard, à l'échelle de l'océan Indien, par des marins capables de traverser le canal du Mozambique ou de longer les côtes depuis l'Afrique de l'Est.
Une langue africaine
La langue comorienne, sous ses quatre formes (shingazidja, shimwali, shindzuani, shimaore), est une langue bantoue du groupe sabaki, très proche du swahili. Cette parenté indique que les premiers habitants, ou du moins ceux dont la langue s'est imposée, venaient de la côte orientale de l'Afrique. La poterie des premiers villages, apparentée à celle de cette côte, va dans le même sens.
Ces communautés cultivent, élèvent, pêchent et naviguent. Leurs villages sont faits de bois et de torchis : la pierre de corail n'apparaîtra que plus tard.
Une présence austronésienne très ancienne
Les fouilles de Sima ont livré des grains de riz de deux variétés asiatiques (indica et japonica), du haricot mungo et du coton, datés des VIIIe – Xe siècles. Pour l'équipe d'Alison Crowther (2016), ces plantes sont la première trace archéologique de l'expansion des Austronésiens, ces navigateurs d'Asie du Sud-Est qui ont aussi peuplé Madagascar.
La génétique confirme ce métissage : selon l'étude de Nicolas Brucato (2018), les Comores sont le plus ancien lieu connu de rencontre entre populations africaines et austronésiennes sur la côte swahilie. L'influence malgache, renforcée aux siècles suivants, reste visible aujourd'hui : à Mayotte, plusieurs villages parlent le kibushi, une langue malgache.
Dembéni, Sima et Bagamoyo
L'archéologue Henry T. Wright a donné le nom de phase Dembéni à cette première période (IXe – Xe siècle), connue à Mayotte comme dans les autres îles. À Dembéni, un véritable comptoir livre des céramiques importées du golfe Persique et de Chine : l'archipel est déjà relié aux grandes routes maritimes.
Sur Petite-Terre, la nécropole de Bagamoyo conserve des tombes de tradition musulmane parmi les plus anciennes de l'archipel. À Acoua, au nord-ouest de Mayotte, des sépultures du site d'Antsiraka Boira ont été datées des Xe – XIe siècles.
Une escale entre trois mondes
Placées entre l'Afrique, Madagascar et les routes qui mènent au golfe Persique et à l'Inde, les îles deviennent une escale naturelle. Les marchands y trouvent de l'eau, des vivres et des produits locaux, qu'ils échangent contre des céramiques et d'autres objets venus de loin. Ce rôle d'intermédiaire, qui fera la prospérité puis le malheur de l'archipel, est donc très ancien.
Ce que l'on ignore encore
Bien des questions restent ouvertes. On ne sait pas précisément quand les premiers hommes ont débarqué, ni comment Africains et Austronésiens se sont rencontrés et mêlés. Peu de sites ont été fouillés, surtout en Grande Comore et à Mohéli.
Les traditions, elles, racontent autre chose : les premiers habitants auraient été des djinns, puis des chefs que les récits appellent fani ou bedja auraient gouverné les villages avant les sultans. Ces récits ne sont pas des chroniques, mais ils disent l'ancienneté du peuplement et la place du monde invisible dans l'imaginaire comorien. Lire : Le temps des djinns.
Principales références
- Regard extérieur Henry T. Wright et al., Early Seafarers of the Comoro Islands: the Dembeni Phase of the IXth – Xth Centuries AD, 1984. Azania, n° 19, p. 13 – 59.
- Regard extérieur Alison Crowther et al., Ancient crops provide first archaeological signature of the westward Austronesian expansion, 2016. Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 113, n° 24.
- Regard extérieur Nicolas Brucato et al., The Comoros Show the Earliest Austronesian Gene Flow into the Swahili Corridor, 2018. American Journal of Human Genetics, vol. 102, n° 1.
- Regard extérieur Claude Allibert, Mayotte, plaque tournante et microcosme de l'océan Indien occidental : son histoire avant 1841, 1984. Anthropos.
- Regard extérieur Direction des affaires culturelles de Mayotte, Mayotte, archéologies : quarante années de recherches. ministère de la Culture.
- Regard extérieur Iain Walker, Islands in a Cosmopolitan Sea: A History of the Comoros, 2019. Hurst (Londres) ; Oxford University Press (New York).
- Regard extérieur Pierre Vérin, Les Comores, 1994. Karthala.
