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Deux lectures d'un même vote
Tout part de la consultation du 22 décembre 1974. Comptés à l'échelle de l'archipel, les résultats donnent une très large majorité pour l'indépendance. Comptés île par île, ils montrent que Mayotte a voté à 63,8 % pour rester française.
Position comorienne. L'archipel formait un seul territoire colonial ; selon le principe de l'intangibilité des frontières héritées de la colonisation, il devait accéder à l'indépendance dans son ensemble. En séparant Mayotte, la France a violé l'intégrité territoriale du nouvel État. La constitution de l'Union des Comores revendique les quatre îles.
Position française. Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes s'applique aux populations : les Mahorais ont exprimé à plusieurs reprises leur volonté de rester français. La Constitution française dispose que nulle cession de territoire n'est valable sans le consentement des populations intéressées.
Les étapes du choix mahorais
- 8 février 1976 : 99,4 % des votants choisissent de rester dans la République ; une seconde consultation, le 11 avril, porte sur le statut.
- 24 décembre 1976 : Mayotte devient une collectivité territoriale au statut particulier.
- 2000 – 2001 : un accord sur l'avenir de Mayotte, approuvé par 72,9 % des votants le 2 juillet 2000, en fait une collectivité départementale.
- 29 mars 2009 : 95,2 % des votants (participation de 61 %) approuvent la départementalisation.
- 31 mars 2011 : Mayotte devient le 101e département français, puis une région ultrapériphérique de l'Union européenne le 1er janvier 2014.
Le droit international et la diplomatie
Le 6 février 1976, la France oppose son veto à un projet de résolution du Conseil de sécurité qui demandait l'annulation de la consultation prévue à Mayotte. Le 21 octobre 1976, l'Assemblée générale de l'ONU adopte la résolution 31/4, par 102 voix contre 1 (la France) et 28 abstentions : elle déclare nulles les consultations de 1976 et demande à la France de négocier avec les Comores. D'autres résolutions suivent jusqu'au milieu des années 1990.
L'Organisation de l'unité africaine, puis l'Union africaine, soutiennent la position comorienne. La France considère que ces résolutions, non contraignantes, ne peuvent s'imposer au choix exprimé par les Mahorais.
Comment expliquer le choix mahorais ?
Les historiens avancent plusieurs explications, qui ne s'excluent pas : une présence française plus ancienne (depuis 1841) qu'ailleurs dans l'archipel ; la crainte d'être dominés par les élites de la Grande Comore et d'Anjouan, nourrie par le transfert de la capitale à Moroni ; l'espoir d'une protection et d'un développement plus rapides au sein de la France ; le rôle du Mouvement populaire mahorais et des chatouilleuses.
D'autres insistent sur l'intérêt stratégique de la France pour une base dans le canal du Mozambique et sur la manière dont Paris a organisé les votes. Les mémoires de ces événements restent très différentes d'une rive à l'autre.
Une frontière au milieu d'une même société
Mahorais et Comoriens partagent les langues, la religion, les coutumes et souvent les familles. En janvier 1995, l'instauration du « visa Balladur » met fin à la libre circulation entre Mayotte et les autres îles. Depuis, des milliers de personnes tentent la traversée depuis Anjouan à bord de kwassa-kwassa, des barques surchargées.
Un rapport du Sénat français de 2012 estimait qu'entre 7 000 et 10 000 personnes étaient mortes en mer depuis 1995 ; les autorités comoriennes avancent des chiffres bien plus élevés. Aucun décompte officiel n'existe. Cette réalité humaine est au cœur des relations entre les îles.
Mayotte aujourd'hui
Département le plus jeune et le plus pauvre de France, Mayotte connaît une croissance démographique très rapide, des difficultés de logement et d'accès à l'eau, et des tensions autour de l'immigration et de la sécurité. Elle a été frappée par la crise sismique liée à la naissance du volcan sous-marin Fani Maoré (2018 – 2019), puis dévastée par le cyclone Chido, le 14 décembre 2024.
Entre Paris et Moroni, la question du statut demeure un sujet de désaccord, même si les deux États coopèrent sur de nombreux sujets.
Principales références
- Regard extérieur Assemblée générale des Nations unies, Résolution 31/4 : Question de l'île comorienne de Mayotte, 1976. 21 octobre 1976.
- Regard extérieur République française, Loi n° 75-560 du 3 juillet 1975 relative à l'indépendance du territoire des Comores, 1975. Journal officiel.
- Regard extérieur Sénat (France), Mayotte : un nouveau département confronté à de lourds défis (rapport d'information n° 675), 2012. Sénat.
- Regard extérieur Iain Walker, Islands in a Cosmopolitan Sea: A History of the Comoros, 2019. Hurst (Londres) ; Oxford University Press (New York).
- Regard extérieur Malyn Newitt, The Comoro Islands: Struggle against Dependency in the Indian Ocean, 1984. Westview Press.
