« Hale ! » « Halele ! »
C'était un soir, tard, sur la route qui longe la côte entre Iconi et Moroni. Un homme rentrait chez lui en voiture. La route était sombre, à peine éclairée par ses phares.
Au bord du chemin, une femme faisait signe. Elle était élégante, bien habillée, et semblait attendre depuis longtemps. L'homme s'arrêta et lui proposa de la conduire. Elle monta, le remercia, et ils bavardèrent tout le long du trajet, de tout et de rien. Elle riait volontiers ; il la trouvait charmante.
À un moment, l'homme s'arrêta pour prendre quelque chose dans la boîte à gants. Son regard descendit vers le plancher de la voiture… et il se figea. Sous le pagne de la femme, à la place des pieds, il y avait deux sabots de bœuf.
L'homme perdit connaissance. Quand il rouvrit les yeux, le jour se levait. Il était seul dans sa voiture, au bord de la route. La passagère avait disparu.
Ce que l'on en sait
Cette histoire circule sous de nombreuses formes. Elle montre que les djinns ne peuplent pas seulement les contes anciens : ils s'invitent aussi dans les récits d'aujourd'hui, au volant d'une voiture. Dans les croyances comoriennes, les djinns peuvent prendre presque n'importe quelle apparence (une poule, une chèvre, une pierre, une belle femme), mais un détail les trahit souvent, comme ici les pieds.
Le récit ressemble aux « auto-stoppeuses fantômes » que l'on raconte dans le monde entier : une légende contemporaine, transmise de bouche à oreille et désormais sur les réseaux sociaux.
Pour aller plus loin
- Voix de l'archipel Salim Hatubou, Contes et légendes des Comores ou Genèse d'un pays bantu, 2004. rééd. sous le titre Aux origines du monde : contes et légendes des Comores, Flies France, 2015.
