Hale halele · Récit

Le prince venu de la Grande Île

Chassé de Madagascar, un prince merina trouva refuge à Anjouan, puis devint maître de Mohéli. Et quand son ancien hôte vint le déloger, la tempête le lui livra.

Voir la photo en grand : Extrait d'une carte de l'Afrique de 1808 où l'archipel apparaît sous le nom de « Camora »

« Hale ! » « Halele ! »

En 1828, à Madagascar, la Grande Île, le roi Radama Ier mourut. À la cour, la nouvelle reine fit éliminer ceux qui pouvaient lui disputer le trône. Un prince merina apparenté à la famille royale, gouverneur de Majunga sur la côte nord-ouest, échappa au massacre : Ramanetaka.

Il s'enfuit par la mer avec ses fidèles — on parle d'environ deux cents personnes — et demanda l'hospitalité au sultan d'Anjouan, Abdallah II. Le sultan l'accueillit. Mais l'invité se fit des partisans et devint vite une menace pour celui qui l'avait reçu. Pour l'éloigner, Abdallah l'envoya gouverner Mwali en son nom.

C'était confier une île à un ambitieux. Vers 1830, Ramanetaka s'y rendit maître et ne reconnut plus l'autorité d'Anjouan. Il se convertit à l'islam et prit le nom d'Abderemane.

Abdallah II ne l'accepta jamais. En 1836, ses boutres vinrent assiéger Mwali. On parlementait encore lorsqu'un coup de vent se leva : la tempête jeta les navires anjouanais à la côte, et leurs occupants durent descendre à terre, là où les attendaient les hommes de Ramanetaka. Le sultan d'Anjouan fut fait prisonnier avec plusieurs de ses compagnons.

Il ne revit jamais Ndzuwani. Selon le récit qu'en publia plus de trente ans après le Français Alfred Gevrey, Ramanetaka le fit enfermer dans un cachot et l'y laissa mourir de faim.

Ramanetaka-Abderemane régna sur Mwali jusqu'à sa mort, à Fomboni, en 1842. Il laissait une petite fille de cinq ou six ans, qui allait devenir la plus célèbre des reines de l'île : Djoumbé Fatima.

On peut ouvrir sa porte à un ambitieux : il n'est pas sûr qu'il la referme derrière lui.

Ce que l'on en sait

Ce récit est historique. Ramanetaka fuit Madagascar après la mort de Radama Ier (1828) et la répression qui accompagne l'avènement de Ranavalona Ire. Accueilli à Anjouan, il s'impose à Mohéli vers 1830 – 1832 et y règne sous le nom d'Abderemane jusqu'à sa mort en 1842. La capture du sultan Abdallah II lors de l'expédition de 1836 et sa mort en captivité sont rapportées par Alfred Gevrey (1870), un magistrat français qui écrit une génération plus tard ; l'historien Jean Martin en a repris les grandes lignes. Les versions divergent sur certains détails, comme l'ordre exact des événements à Anjouan avant le départ du prince pour Mohéli.

Au même moment, un autre souverain chassé par les Merina, le Sakalava Andriantsoly, s'imposait à Mayotte. Lire : Le temps des sultans.

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