Hale halele · Légende de lieu

Le pacte de Basra

À Ouani, les premiers habitants s'étaient installés chez les djinns sans leur demander. Un pacte fut conclu : tous les trois ans, hommes et djinns danseraient et mangeraient ensemble.

Voir la photo en grand : Mutsamudu, serrée entre l'océan et les pentes vertes d'Anjouan

« Hale ! » « Halele ! »

Il y a très longtemps, avant que l'islam n'arrive à Ndzuwani, des familles s'installèrent au nord-est de l'île, dans une plaine fertile qui descendait vers la mer. Elles appelèrent l'endroit Basra. C'est la ville que l'on nomme aujourd'hui Ouani.

Mais les familles comprirent vite que quelque chose n'allait pas : les malheurs se succédaient. Inquiètes, elles allèrent consulter un mwalimu, un savant qui connaissait les choses cachées. Il les écouta longtemps, puis il leur dit : « Vous avez bâti vos maisons sur un domaine qui appartient aux djinns. Ils étaient là avant vous, et vous ne leur avez pas demandé la permission. »

Il fallait réparer cette offense. Deux hommes furent choisis pour parler au nom des humains : Mwé Beja Trandri et Mwé Combo Sele. Ils allèrent trouver les maîtres invisibles du lieu et négocièrent avec eux. Un pacte fut conclu : les djinns acceptaient que les familles restent à Basra ; en échange, tous les trois ans, les hommes organiseraient une grande fête où les deux communautés danseraient et mangeraient ensemble, dans la joie.

Ainsi naquit le nkoma. Pendant la fête, on joue avec des koma, des noix de coco si jeunes que leur amande n'est pas encore formée, qui servent de balles. Et tant que la fête est célébrée, dit-on, la paix entre les deux peuples de Ouani est respectée.

On ne s'installe pas chez autrui sans demander : une promesse faite aux premiers occupants se tient.

Ce que l'on en sait

Le nkoma est une fête agraire célébrée tous les trois ans à Ouani, au nord-est d'Anjouan. Son nom vient du mot koma, la noix de coco dont l'amande n'est pas encore formée. Selon la tradition orale, elle a été instituée par les deux familles fondatrices de la ville, les Bejani et les Komboni, pour honorer le contrat passé avec les djinns, premiers habitants des lieux. On y demande aussi la protection des ancêtres pour les enfants et de bonnes récoltes.

Décrite dès 1960 par J.-C. Hébert, puis étudiée par l'historien comorien Abderemane Bourhane parmi les rites préislamiques d'Anjouan, cette fête est aujourd'hui menacée de disparition. Lire aussi : Malé, le village des djinns, une tradition voisine en Grande Comore.

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